Rouges de colère car les classes populaires ne doivent pas payer la crise du capitalisme.



Verts de rage contre le productivisme qui détruit l’Homme et la planète.



Noirs d’espoir pour une société de justice sociale et d’égalité


lundi 11 décembre 2017

Dans le cadre des actions de lutte contre les discriminations organisées par le Bureau Information Jeunesse de Lure, Les Amis du Monde Diplomatique, les Amis de l’Emancipation Sociale vous invitent à la diffusion de

Le Brio
de Yvan Attal
au cinéma Méliès à LURE
vendredi 15 décembre 2017 à 20h30 (5.50€)
Comédie française avec Daniel Auteuil, Camélia Jordana, Yasin Houicha… Neïla Salah a grandi à Créteil et rêve de devenir avocate. Inscrite à la grande université parisienne d’Assas, elle se confronte dès le premier jour à Pierre Mazard, professeur connu pour ses provocations et ses dérapages. Pour se racheter une conduite, ce dernier accepte de préparer Neïla au prestigieux concours d’éloquence. A la fois cynique et exigeant, Pierre pourrait devenir le mentor dont elle a besoin… Encore faut-il qu’ils parviennent tous les deux à dépasser leurs préjugés…
Film suivi d’un débat sur le thème « Les discriminations liées à l’origine »
En présence de Jean-Françoid Gaudeaux, Institut Ethique et Diversité
Gérard Deneux, Amis de l’Emancipation Sociale
Odile Mangeot,Amis du Monde diplomatique Nord Franche-Comté





Les Amis de l’Emancipation Sociale, les Amis du Monde Diplomatique Nord Franche-Comté, les Créatures et l’AFPS Association France Palestine Solidarité 90
  vous invitent au ciné-débat
Mercredi 20 décembre 2017
à 20h30  au Bar Atteint, 25 rue de la Savoureuse à BELFORT

Palestine : la colonisation continue
Un débat suivra en présence de Guy Peterschmitt, AFPS Haut-Rhin
Suite à la projection d’images de Palestine
 sur la colonisation dans la région de Bethléem/Wadi Fukin

L’accroissement à marche forcée des constructions dans les colonies et le récent projet de l’Etat d’Israël d’annexer toujours plus de terre  autour de Jérusalem, visent à déposséder totalement les Palestiniens. La dernière provocation inacceptable de Trump, à savoir reconnaître Jérusalem capitale d’Israël et y transférer l’ambassade des Etats-Unis, procède de la même volonté, au mépris de l’ONU et de ses résolutions. Elle suscite la colère des Palestiniens et au-delà pourrait enflammer le monde arabe. Mais les Palestiniens ont-ils encore un rapport de forces suffisant pour un soulèvement généralisé ? Pour l’heure, ils ne doivent pas demeurer isolés et notre solidarité est indispensable.

               Accueil à partir de 19h. Il est possible de manger sur place à 19h15 (10€ à 12€),
réservation au Bar Atteint : 09.83.91.84.99. Le bar est ouvert toute la soirée.
Contact : aesfc@orange.fr     03.84.30.35.73   http://www.les-creatures.org/





Editorial – PES n° 39


UE fracturée, son  pilier allemand fissuré

Au-delà du bruit médiatique agitant le landernau français autour des figures de d’Ormesson et de Johny, illustrations, certes différentes, d’une génération qui s’éteint, celle de l’après-guerre et du baby-boom desdites 30 Glorieuses, le monde d’aujourd’hui craque, tout particulièrement en Europe. L’improbable consensus autour de l’Europe néolibérale austéritaire connaît, dans ses fondations, des fractures que l’on peut penser irréparables : son pilier allemand désormais se fissure.

Les élections d’octobre ont permis l’entrée inattendue de l’extrême droite au Bundestag (94 députés sur 709) et l’effondrement relatif de la grande coalition SPD/conservateurs. Le SPD avait fait le choix de s’opposer à Merkel pour tenter de reconquérir un électorat populaire désabusé. Mal lui en prit. Quant à Mutty Merkel, affaiblie, elle qui croyait encore se maintenir dans une nouvelle coalition avec les Verts et les Libéraux eurosceptiques, a depuis, déchanté. Alors, gouvernement minoritaire ou de nouveau avec le SPD en perdition ? Toutes les tractations en cours révèlent les divisions des castes régnantes, leur désarroi idéologique, leur incapacité à rétablir un nouveau consensus : la CSU bavaroise entonne les propos xénophobes de l’AFD, les Verts, effondrés, sont effarés par le choix du charbon d’abord et Schulz se renierait (prêt à se rallier ?), tout en entonnant le chant fédéraliste macronien. Rien ne va plus ! Le score belge d’un pays sans gouvernement sera-t-il battu ? De nouvelles élections, au risque d’une possible aggravation de la crise politique avec la montée des extrêmes libéraux et des xénophobes ?

Cette fin de l’ère Merkel exprime, dans la confusion idéologique, le rejet des politiques d’austérité, de paupérisation, de déshérence des services publics sur fond de montée de xénophobie. Mais il y a peut-être pire, la possible absorption des banques allemandes (Commerz Bank et Deutsche Bank), ces 2 éclopées de la crise de 2007-2008. Quant à la BCE, désolée, face à l’impuissance de sa politique de stimulation par le crédit, sans effet sur l’économie réelle, elle s’inquiète. L’abondance du capital fictif (les fameuses « liquidités ») pourrait bien provoquer une nouvelle crise financière.

Faute de leadership, l’UE est aux abois, enferrée qu’elle est dans le Brexit, la fragilité du gouvernement anglais confronté aux velléités de l’Ecosse, voire de la City de Londres, de rester dans le marché européen. Et c’est sans compter avec les rebondissements en Catalogne, en Autriche où le nouveau chancelier s’apprête à gouverner avec l’extrême-droite raciste.

A l’Est, que ce soit avec la Hongrie nationaliste et anti-immigrés, la Pologne réactionnaire et liberticide… les contradictions s’accumulent. Et comme si de rien n’était,  l’Euro-groupe, cette caste des ministres des finances, s’apprête à désigner son nouveau président. Lui qui a étranglé la Grèce dans la plus grande opacité, lui qui n’a de comptes à rendre à personne, lui qui prône avec la Commission la poursuite de la fuite en avant (accords de libre-échange tous azimuts, Canada, Mercosur, Vietnam…) et les coupes sombres dans le budget étriqué de l’UE : 10 à 20% de moins pour le fonds de cohésion et pour la Politique Agricole Commune.

Bref, la maison européenne, tant vantée, est mal en point. Et ce n’est pas l’énergumène Trump, le durcissement possible des conflits en Asie, au Moyen-Orient, en Afrique qui vont la consolider. Pour le malheur des peuples, inconscients ou sidérés, les politiques guerrières semblent avoir de l’avenir.


GD le 6.12.2017 
Manifestation de soutien aux exilés, à Vesoul, le 29 novembre 2017
Organisée par le Collectif d’Aide et de Soutien aux Migrants 70

Intervention de Gérard Deneux,
au nom des Amis de l’Emancipation Sociale


Ceux qui sont venus d’ailleurs, ceux qui sont parmi nous,
Portent en eux la réalité du monde d’aujourd’hui qu’il nous faut changer.
A travers les épreuves qu’ils ont subies, ils nous obligent
A ouvrir les yeux sur la montée du racisme et de la haine.
Cette haine pourrit les rapports sociaux, désigne des boucs émissaires
C’est une véritable gangrène dont il faut se débarrasser
avant qu’elle ne nous contamine.

Et les autorités de nous dire qu’il n’y a pas de preuves de leurs épreuves
Sont-elles ignares, au point de ne pas entendre ces cris de souffrance ?
En Libye : rapts, tortures, extorsions d’argent, travail forcé,
exécutions sommaires pratiquées par des milices maffieuses,
en connivence avec le gouvernement de Tripoli…
L’argent de l’Union européenne, détourné au profit de ces tortionnaires

Sont-elles à ce point, ignares, les autorités, pour ne pas avoir lu
les rapports des ONG dénonçant les cargos de viagra arrivant à Tripoli,
pour souiller, détruire et répandre la honte et la terreur ?

La rage nous prend de constater la résurgence de la vente aux enchères d’esclaves !

Sont-elles, ces autorités, à ce point ignares ou cyniques
pour exiger des victimes des preuves de leurs épreuves ?

Il nous faut ouvrir les yeux sur les politiques attisant le racisme et la haine.

Qui peut, aujourd’hui, ignorer le trafic de chair humaine,
la vente d’organes pour survivre, dans l’espoir de passer les frontières ?
Qui peut ignorer la Méditerranée devenue un grand cimetière marin ?
Et que, face à cette honte universelle, les autorités pratiquent
la sous-traitance des migrations auprès des dictateurs sanguinaires ?

Cette barbarie qui se répand comme une gangrène
C’est celle qui considère l’homme comme une marchandise
C’est celle qui rejette l’étranger, jusqu’aux délires des autorités
polonaises et hongroises notamment, de maintenir leur pays ethniquement pur
Comme un moyen politique
de briser les trop faibles chaînes de solidarité entre les peuples.

Et que dire du nettoyage ethnique de masse des Rohingya, en Birmanie,
pays dirigé par une junte militaire et une prix nobel de la paix ?
Assassinés, brûlés, violés, chassés,
les survivants parqués dans la boue, avec  comme horizon leur propre détresse.

Et que l’on ne vienne pas nous dire que dans les pays dits civilisés
ce serait vraiment différent                                                                              …/…

L’Australie est-elle un pays hautement civilisé ?
Celle qui pour quelques dollars à la Papouasie et à l’Etat du Nairu,
parque dans des camps grillagés, sur des îles perdues au milieu du Pacifique,
Ces hommes, femmes, enfants, Afghans, Iraniens, Sri-Lankais,
enfermés comme des bêtes sauvages
Sans autre horizon que le désespoir, la dépression ou le suicide.

Et la France, l’Allemagne, qui,
malgré les preuves avancées par Amnesty international des tortures et des morts,
expulsent les Afghans notamment, les livrant à un régime corrompu et aux talibans

En France,
Qui a donné l’ordre, à ces brigades militaires et policières, de refouler,
de rejeter en Italie, les exilés de la guerre et de la misère ?
Pourquoi toute cette armada dans le Briançonnais, dans la vallée de la Roya,
sur les cols, dans les gares ?
Les autorités, disent les ONG, sont prises en flagrant délit d’inhumanité !
Elles violent ouvertement le droit de circulation au sein de l’UE

En France,
Qui a donné l’ordre de pourchasser ceux qui sont encore à Calais ?
Qu’en est-il de la promesse de Cazeneuve de mise en place
d’un dispositif pérenne d’accueil des migrants ?
Qui a donné l’ordre de les disperser, en les aspergeant de gaz lacrymogènes
comme des insectes nuisibles ?

Avec ceux qui sont parmi nous, pour ceux qui sont venus d’ailleurs
Nous voulons contribuer à changer le monde d’aujourd’hui
C’est pourquoi, avec eux, nous devons exiger
la fermeture des centres de rétention et  la fin des expulsions
Nous devons exiger l’arrêt du renvoi des dublinés, des déboutés du droit d’asile
Nous devons exiger, pour eux, la mise en place
d’une véritable politique d’intégration avec des cours de français et le droit au travail

Avec ceux d’Echenoz-la-Méline et de Navenne
Nous avons tissé une chaîne de solidarité
que nous devons renforcer, étendre pour toujours proclamer

Halte au racisme et à la haine
Migrants. Français. Solidarité




Catalogne : la répression !

Résumé de l’épisode précédent. La Catalogne est une région à fort potentiel mais en crise : la plus riche d’Espagne car la  plus peuplée mais ramenée au nombre d’habitants, elle est beaucoup moins prospère que le pays basque et pas plus que la Navarre et la région de Madrid. Culturellement, elle est radicalement différente du reste de l’Espagne de par sa langue et de par l’état d’esprit des Catalans. Un exemple parmi tant d’autres : le 18 février 2015, 160 000 personnes ont manifesté à Barcelone pour l’accueil de migrants rappelant à l’Espagne son engagement à en accueillir 16 000. Seulement 1 000 ont été accueillis. Cette manifestation, comme toutes les autres à Barcelone, se déroula sans aucun incident et pacifiquement.  Historiquement, la Catalogne a été indépendante durant 7 siècles, jusqu’en 1714, puis a subi l’oppression de l’Espagne avec une intensité variable. Le désir d’indépendance très prégnant chez les Catalans resurgit régulièrement. Ce fut le cas en 2010  face au refus du gouvernement espagnol de Mariano Rajoy d’accorder à la Catalogne le même statut d’autonomie que celui du Pays Basque. En 2015 fut élu un Parlement catalan à majorité indépendantiste qui s’engagea à organiser un référendum d’auto-détermination en 2017. Celui-ci, jugé illégal par le gouvernement central, se déroula le 1° octobre 2017. Ce fut le 1° jour d’un mois d’octobre qui marquera l’histoire catalane.

Octobre 2017 : des prisonniers politiques au cœur de l’Europe

Chronologie :
1° octobre : le référendum en chiffres : 2,2millions de votants, soit 42% des inscrits. 90% de OUI, 800 000 personnes empêchées de voter ou dont les bulletins de vote ont été confisqués. Gérard Onesta, observateur français délégué par le Parlement Européen, déclare « …à Barcelone, j’ai vu une violence insupportable et disproportionnée ». En effet la garde civile ne s’est pas contentée d’empêcher les gens de voter mais s’est livrée à des actes d’une très grande violence ce qui a fait dire aux Catalans français venus observer le vote  que « la garde civile y était allée Franco ! »
2 octobre : d’après les engagements pris en septembre 2015 par Carles Puigdemont, l’Indépendance aurait dû être déclarée ce jour-là mais espérant un dialogue avec Madrid et un soutien international, il ne le fit pas.
3 octobre : discours du Roi Felipe VI, qui soutient totalement le gouvernement central, ne dit pas un seul mot concernant les violences policières.
7 octobre : manifestation de Podemos et du Parti d’Ana Colau. Ils sont pour l’Indépendance et réclament un référendum légal. Ils s’opposent à une Déclaration d’Indépendance unilatérale.
8 octobre : manifestation des anti-indépendantistes
10 octobre : Carles Puigdemont, face à l’absence de soutien international et au refus de Madrid d’engager un dialogue, proclame l’Indépendance (sans vote du Parlement) et la suspend immédiatement dans une ultime tentative de dialogue.
11 octobre : ultimatum de Madrid qui donne au gouvernement catalan jusqu’au 19 pour clarifier sa position. En cas d’un vote par le parlement catalan, Madrid annonce qu’il mettra la région sous tutelle (article 155 de la Constitution).
16 octobre : Jordi Sanchez, Président de l’Assemblée Nationale Catalane, et Jordi Cuixar, Président de l’Omnium Cultural, sont placés en détention provisoire pour avoir perturbé les forces de l’ordre.
21 octobre : Madrid applique l’article 155 : limogeage du gouvernement catalan, encadrement du Parlement, de la police catalane (Les Mossos), de la radio et de la télévision catalanes et propose des élections anticipées.
26 octobre : Carles Puigdemont refuse cette proposition par manque de garanties.
27 octobre : face au refus de dialogue de la part de Madrid, à l’absence du soutien international, poussé par les indépendantistes « les plus virulents » (la CUP), le Parlement vote officiellement l’Indépendance de la Catalogne. Carles Puigdemont l’annonce à 18h et à 18h05 il est destitué par Madrid ainsi que le Gouvernement et le chef de la Police. Quant au Parlement catalan il est dissous. Madrid annonce les élections anticipées en Catalogne le 21 décembre.
28 octobre : Soraya Saenz de Santa Maria, bras droit de Rajoy, remplace C Puigdemont à la tête de la Catalogne, 150 hauts fonctionnaires catalans sont démis de leurs fonctions.
30 octobre : une plainte est déposée contre les membres de l’exécutif catalan pour rébellion, sédition, malversations (15 à 30 ans de prison). Les partis indépendantistes (sauf la Cup) annoncent qu’ils participeront aux élections du 21 décembre.
31 octobre : C. Puigdemont et 4 de ses ministres arrivent à Bruxelles.
2 novembre : 8 membres du gouvernement catalan sont placés en détention provisoire. Un mandat d’arrêt est lancé contre C. Puigdemont et 4 de ses ministres. Ils risquent 25 années de prison pour rébellion, 15 années pour sédition et 8 années pour détournement de fonds publics (organisation du référendum). A noter qu’en Espagne les peines sont cumulables.
5 novembre : C. Puigdemont et 4 de ses ministres se rendent à la police belge. Actuellement, ils sont en attente d’une décision concernant leur extradition. Si celle-ci devait intervenir, ce ne sera pas rapidement. Ils mèneront leur campagne électorale depuis la Belgique. Concernant leur présence en Belgique, les anti-indépendantistes la présentent comme une fuite et une trahison. Leurs partisans, en revanche, comprennent cette décision et considèrent qu’ils seront plus utiles à Bruxelles que dans une prison madrilène.

Le gouvernement espagnol : dirigé par Mariano Rajoy du Parti Populaire (PP) gouverne sans majorité absolue grâce au soutien de Ciudadanos et la complicité du PSOE (Parti Socialiste Ouvrier Espagnol). Le PP est impliqué  dans de multiples affaires de corruption, détournement de fonds publics, enrichissement personnel, financements illégaux. Plus de 30 responsables de ce parti sont sous l’effet d’une enquête de la justice espagnole (affaire GÜRTEL, PUNICA, AGUIRRE…). La CNMC (Commission Nationale des Marchés de la Concurrence) et la CNMV (Commission Nationale des Marchés des Valeurs), organisations de contrôle espagnol, estiment le coût de la corruption à 90 milliards d’euros, dont 45 milliards pour surfacturation des marchés publics. Pour comparaison, le budget de la Catalogne est de 29 milliards. A ce niveau on peut parler de système organisé et non de fautes personnelles de quelques membres. En Espagne, la fraude fiscale est « un sport national ». De nombreux artistes, sportifs, politiciens…. et même la sœur du roi ont été condamnés. A noter que les condamnations sont plutôt légères et permettent aux concernés d’échapper à la prison. Pour dénoncer ce système, Podemos a organisé un circuit touristique à Madrid et dans quelques autres grandes villes, dans un « bus anti-corruption »  (décoré de grandes photos des corrompus) qui sillonne les rues et fait des haltes dans des sites impliqués (banques, entreprises, partis politiques …).  (encart 0)

Bilan de ce mois d’octobre de folie :
après avoir refusé tout dialogue, Rajoy jette les opposants en prison

Les Catalans pro ou anti-indépendance ont tous été choqués et surpris par la violence de la répression du 1° octobre. Ils pensaient que la Guardia Civil allait seulement bloquer préventivement l’entrée des bureaux de vote mais celle-ci est intervenue pendant le scrutin pour saisir les urnes sachant que fatalement cela allait engendrer de la violence.
Les indépendantistes ont été surpris et très déçus de l’absence totale de soutien international. Ils pensaient que leurs luttes pacifiques, pour pouvoir choisir leur avenir, face à un gouvernement central intransigeant, corrompu et brutal, leur attireraient le soutien des démocraties et en particulier celui de la France. Mais TOUTES ont soutenu sans la moindre nuance le gouvernement quasi mafieux.

Les Catalans ont également été très choqués par l’emprisonnement de  responsables politiques, mais surtout par celui des responsables associatifs Jordi Sanchez et Jordi Cuixar (cf encart 1)

Surprise également face à la pression mise par les milieux économiques et par les médias espagnols et catalans (sous tutelle) annonçant chaque jour le départ de banques, d’entreprises, l’absence imminente d’argent liquide… Je tiens à rassurer les personnes inquiètes : à Barcelone aujourd’hui les rues ne sont pas désertes, on peut trouver de la nourriture et dans les campagnes les gens ne mangent pas de racines ! L’ambiance dans les milieux indépendantistes est même très sereine car les gens ont le sentiment du devoir accompli, d’avoir fait ce que leur dictait leur conscience.

Les milieux indépendantistes saluent l’attitude des Catalans français qui les ont soutenus moralement et matériellement, beaucoup de matériel électoral a été placé en sécurité en France.

Perspectives

La mobilisation des indépendantistes reste intacte. Elle se concentre surtout sur la libération des prisonniers politiques. Le prochain objectif suivra les élections anticipées du 21 décembre 2017. La situation de départ est la même qu’en 2015 : mêmes partis, mêmes personnes. Mais alors que la majorité indépendantiste de 2015 connaissait une baisse régulière par les sondages au cours de leur mandat, les évènements du mois d’octobre ont remobilisé les troupes et ont ramené beaucoup d’indécis dans le camp indépendantiste : dans la jeunesse, première victime des violences et chez les anciens qui ont connu le franquisme et qui ont été très très choqués de revoir des gardes civils brutaliser les Catalans. Le dernier sondage fiable donne les partis indépendantistes à 48% avec une majorité de sièges au Parlement, exactement le même résultat qu’en 2015. Pour rappel, Madrid a annoncé que si les Indépendantistes l’emportaient, la tutelle sur la Catalogne serait maintenue, bafouant la démocratie des urnes. (encart 2)

La situation me semble bien résumée dans les paroles de 2 personnes. D’abord Juan Josep Nuet, gauche unie et alternative anti-indépendantiste : « Face à  la répression féroce du gouvernement espagnol, pas question de ne pas être solidaires de la majorité indépendantiste. On ne combat pas les idées indépendantistes en les mettant en détention, il faut faire de la politique ». Puis Carme Forcadell, ex-présidente du gouvernement catalan, écrouée le 9 novembre, libérée le 10, après paiement d’une caution de 150 000 euros : « J’ai la conscience tranquille d’avoir agi correctement, d’avoir garanti la liberté d’expression du Parlement. L’estime et la solidarité de nos soutiens nous rendent plus forts plus libres et plus dignes».

Jean-Louis Lamboley, le 4 décembre 2017
Dans le prochain n° nous analyserons les résultats des élections du 21 décembre.


Encart 0
Petite idée de l’Humanisme et du respect de la démocratie qui règne au sein du parti populaire
Début octobre, Pablo Casado vice-secrétaire chargé de la communication au sein du Parti Populaire a promis à C. Puigdemont le même sort qu’à Lluis Companys. Pour rappel, ce dernier a été Président de la Catalogne de 1934 à 1940. En 1939, il se réfugia en France et fut capturé par les Allemands, livré à Franco et fusillé le 15 octobre 1940 !!!
Concernant le respect de la démocratie, le Parti Populaire a d’ores et déjà annoncé que, si les partis indépendantistes l’emportaient le 21 décembre, Madrid maintiendrait sa tutelle sur la Catalogne. En outre, Madrid étudie très sérieusement  le moyen d’interdire la CUP, parti d’extrême-gauche.

Encart 1
 Jordi Sanchez : Président de l’Assemblea National Catalana, organisation qui a pour but l’indépendance de la Catalogne sous forme d’un Etat de droit démocratique et social. L’ANC compte environ 80 0000 membres organisés par région et par secteur professionnel. Ce sont eux qui organisent les manifestations de la fête catalane, par exemple en 2013, une chaîne humaine de 400 kms reliant le Nord et le Sud de la Catalogne, réunissant 1,6 million de personnes. Ils ont également organisé le référendum du 1° octobre. Son fonctionnement est extrêmement décentralisé, de nombreuses assemblées à l’échelle d’un groupe de villages participent à la réflexion et à l’action pour atteindre l’indépendance.

Jordi Cuixart : Président de l’Omnium Cultural, association qui œuvre pour la promotion de la langue et de la culture catalane. Elle compte environ 40 000 membres répartis sur tout le territoire de la Catalogne.

Encart 2
Les Catalans
La Catalogne n’étant pas encore un Etat, est catalan toute personne domiciliée, familialement, depuis 20 siècles ou depuis une semaine. Les personnes dont les familles sont installées de longue date et qui ont toujours parlé catalan fournissent  la majorité des forces indépendantistes et résident surtout dans les zones rurales du Nord de La Catalogne. Les fiefs étant Gérone et Figueras.

Les néo-Catalans arrivés plus ou moins récemment dans les régions industrielles du Sud (Barcelone….) eux sont beaucoup moins favorables à l’indépendance. Ce qui explique que, malgré une culture catalane et une identité catalane très forte, le mouvement favorable à l’indépendance ne recueille que presque la moitié des suffrages aux élections.
Sus au logement social !

Suite à l’annonce de la baisse, pour les locataires, de 5€ par mois de l’Aide Personnalisée au Logement (APL), Macron a aussitôt décrété, pour prévenir la colère des 6,5 millions de ménages qui la perçoivent, l’obligation pour les bailleurs sociaux de baisser leurs loyers de 60€/mois. Face à la fronde de ces derniers, il a concédé à étaler cette mesure sur 3 ans. Que révèle ces décisions ? Le début de la fin de la politique du logement social ? Une première mesure anti-pauvres qui en annonce d’autres ? Un moyen pour faire d’une pierre deux coups : « soulager » les dépenses sociales du budget de l’Etat et « privatiser » le logement social ?

Le « mieux loger social » n’est plus

Au sortir de la 2ème guerre mondiale, la France se trouve face à une pénurie de logements, dénoncée notamment par l’abbé Pierre et son appel en faveur des « couche-dehors » de l’hiver 1954. L’Etat décide, alors, d’engager une politique publique de construction de logements sociaux, par un interventionnisme keynésien fort, au moyen des aides à la pierre versées aux constructeurs. Dans le même temps, en 1950, le mouvement HLM (Habitation à loyer modéré) remplace la Société Française des HBM (Habitation Bon Marché) créée par le patronat en 1889 dans les cités ouvrières (notamment à Mulhouse, le Creusot, Roubaix). La politique de logement social s’adresse aux familles modestes qui accèdent à des logements confortables dans les grands ensembles à la périphérie des villes. Au rythme de plus de 550 000 par an, ce sont en 20 ans (jusqu’au début des années 1970) plusieurs millions de logements qui sont construits. On est passé de 12 millions de logements en 1946 à 21 millions en 1975.

Outre les financements de l’Etat et des collectivités territoriales, la Caisse des Dépôts et Consignations a  une place centrale dans le financement au moyen de prêts préférentiels aux promoteurs publics et privés s’abreuvant aux livrets d’épargne populaire et notamment le livret A (cf encart 0). Rien qu’en 2016, La Caisse des Dépôts a prêté 14 milliards d’euros aux bailleurs sociaux, ce qui a permis de construire 109 000 logements et d’en réhabiliter 311 000, soit en moyenne 1 logement sur 3 construit. Quand l‘Etat ne donne plus priorité à l’épargne populaire en la rémunérant moins (baisse du taux du livret A), c’est autant de moyens qu’il retire au financement potentiel du logement social.

Autre source de financement du logement social : le 1% logement. En 1953, l’Etat interventionniste oblige les employeurs (d’au moins 10 salariés) à participer à l’effort de construction sur la base de 1% de leur masse salariale, en investissement direct ou en cotisations versées aux comités interprofessionnels du logement (CIL). Ces cotisations permettent l’investissement pour la réservation de logements ou le financement de prêts. Depuis 1998, les gouvernements successifs ont pioché allègrement dans cette importante ressource (pour donner un ordre de grandeur : en 2016, cela a représenté  3.4 milliards d’euros).

A partir du milieu des années 70, l’Etat, considérant que les retards quantitatifs en logements ont été rattrapés, opère un basculement politique visant à favoriser l’investissement privé et multipliant les prêts à bas taux et autres mesures fiscales. Il met en place un système d’intervention de l’Etat plus libéral :
-        les politiques de logement favorisent l’aide à la personne (création de l’Aide Personnalisée au Logement APL en 1977 – R. Barre)
-        en 2005, le 1% logement devient le 0.45% logement, le seuil d’assujettissement des employeurs passe de 10 à 20 salariés. L’Etat décide de reprendre en main la gestion de ce fonds qui se nomme désormais Action Logement.
-        L’aide à la pierre devient marginale et depuis la fin des années 90 se décline principalement en aides fiscales pour inciter les investisseurs privés, via l’Agence nationale pour l’habitat, le prêt à taux zéro et des dispositifs de défiscalisation (Robien 2003, Scellier 2008, Duflot 2014, Pinel 2015) qui sont autant de « manques à gagner » dans le budget national.

Ce faisant, l’Etat diminue d’autant les moyens de la politique publique de logement social et donne priorité à l’accession à la propriété et à la construction d’habitat pavillonnaire. Les grands ensembles, devenus « quartiers défavorisés » ou « quartiers sensibles » font l’objet de rénovation (inachevée), dans le cadre des politiques de la ville dont les crédits d’Etat sont, aujourd’hui, exsangues.

L’Etat ne pourrait plus financer le logement social, affirment les gouvernements successifs, alors qu’au budget, cela représente environ 50 millions par an, soit 2% du PIB ! Macron, pour ne pas démentir les promesses qu’il a  faites, à savoir, augmenter les crédits liés au logement social, va plonger dans la tirelire d’Action Logement, sans débourser un sou de l’Etat. Un accord a été conclu le 21 novembre dernier, entre le président d’Action Logement et le ministre Mezard : jusqu’en 2023, Action Logement versera 3 milliards d’euros par an pour la politique de l’Etat. Un record en montant et une première : ces fonds seront utilisés pour aider le parc privé ! A partir de 2018, 100 millions iront chaque année aux bailleurs privés pour rénover leurs logements mal isolés ! Action Logement alimentera à hauteur de 50 millions par an le FNAP, fonds national des aides à la pierre, pour construire des logements très sociaux et financera 40 000 logements pour les jeunes. Enfin, pour doubler les crédits de la politique de la Ville, Action Logement apportera outre les 5 milliards d’euros déjà promis, 2 milliards de plus sur le nouveau programme national de rénovation urbaine (NPNRU) jusqu’en 2031.

Le tournant libéral, en matière de politique du logement social, se produit au moment où la croissance économique est de 2.9% par an ; les gouvernants, tous convertis en « évangélistes du marché », sont convaincus que la hausse continue du pouvoir d’achat des ménages permettra que l’APL ne soit plus nécessaire, sinon aux familles les plus pauvres. Mais, cette espérance dans la croissance continue s’écroule et les « éligibles » à l’APL ne cessent de croître. La Cour des Comptes note qu’entre 1980 et 1993, les aides à la pierre ont baissé d’un tiers alors que les aides à la personne ont été multipliées par 3,6. En 2017, plus de 6,5 millions de ménages touchent l’APL pour un montant mensuel moyen de 300 euros. 

Macron, « digne » héritier des croyants en Dieu Croissance, sonne alors le temps des mesures antisociales.    

 En marche, à reculons !

Faire baisser les dépenses publiques de l’Etat, tel est l’objectif de la Loi de Finances pour 2018. Son article 52 stipule la baisse de l’APL de 5€/mois et l’obligation faite aux bailleurs sociaux de baisser leurs loyers de 60€/mois.
5€/mois d’APL en moins, c’est 400 millions € d’économie sur 18 à 20  milliards, coût global des APL.
400 millions d’euros pour 6.5 millions de locataires = le montant de la ristourne accordée aux 1 000 plus gros contributeurs de l’ISF ! (1)

Cette première mesure anti pauvres de baisse de l’APL satisfait tous les libéraux, des ultra-libéraux aux socio-libéraux, ceux qui dénoncent le caractère inflationniste de l’APL. Selon eux, l’APL est cause de l’augmentation des loyers et ils font porter la responsabilité sur les seuls locataires. Cette affirmation antisociale doit être combattue. En effet, si les loyers augmentent c’est parce qu’il n’y a pas assez d’offres (et des propriétaires peu scrupuleux ont vu dans l’APL, une aubaine), les chiffres relatant le mal-logement sont, d’ailleurs, éloquents (cf encart 1). Et si l’APL augmente c’est que les revenus des ménages n’ont pas augmenté.

Alors, pour éviter la levée de boucliers des ménages percevant l’APL, Macron compense avec l’argent des autres, celui des bailleurs sociaux, ceux qui sont soumis à l’encadrement des loyers : ils devront baisser de 60€ par mois leurs loyers. Cela représente environ 1.7 milliard d’euros.

Cette politique du « je prends à l’un pour donner à l’autre » semble non seulement inutile mais dangereuse. Elle ouvre la porte au démembrement de cette aide sociale permettant d’exercer un droit fondamental, le droit au logement. C’est un pas de plus en marche arrière effaçant l’Etat social chargé de répondre aux besoins en logements sociaux par l’intermédiaire des bailleurs sociaux, constructeurs et gestionnaires publics et privés (sans but lucratif). Leur disparition se profilerait-elle ? En tout cas, plus de 200 organismes ont déjà déclaré qu’ils ne pourraient survivre financièrement. En touchant à leurs recettes, on réduit leurs possibilités d’emprunt, donc d’investissement, ont-ils dénoncé. A quoi le gouvernement répond : vendez votre patrimoine ou fusionnez, estimant que 750 organismes c’est trop ! 2 ou 3 grands groupes, ce serait suffisant ! D’ailleurs, tout est déjà prévu dans l’accord du 21 novembre avec Action Logement : ce dernier va créer une filiale pour acheter des immeubles aux bailleurs sociaux et les revendre aux locataires, soit 40 000 logements contre à peine 8 000 actuellement, pour dégager des fonds et en construire de nouveaux… 2 ou 3 grands groupes pour récupérer un énorme patrimoine et ensuite ? « Ouvrir le capital », c’est-à-dire privatiser le logement social ?

Une autre objection a été avancée : cette incitation à vendre les logements contredit la loi SRU (relative à la Solidarité et au Renouvellement Urbain) de janvier 2013 ; celle-ci a imposé un quota de 25% de logements sociaux aux communes de plus de 1 500 habitants en Ile-de-France et de plus de 3 500 habitants pour les autres communes (situées dans une agglomération de plus de 50 000 h. comprenant au moins 1 commune de 15 000 h.) La parade est prévue, Macron annonce que la loi SRU sera modifiée pour permettre que, dans les 10 ans à venir, ces appartements vendus soient toujours comptabilisés dans le parc social. Ce qui est certain, c’est que les 233 communes en infraction avec la loi (sur 1 152 assujetties à la loi SRU) n’ont guère de souci à se faire puisque le gouvernement envisage de l’assouplir ; sans doute est-ce la raison pour laquelle « les préfets n’ont pas eu, cette année, la main lourde pour appliquer les pénalités prévues (152€/logement non construit) et encore moins pour utiliser la possibilité de multiplier par 5 le montant des amendes aux villes faisant preuve de mauvaise volonté en matière de logements sociaux».  C’est clair, le logement social n’est pas la priorité de Macron. 

Les conséquences de cette politique sont lourdes en matière d’égalité et de cohésion sociale. En effet, les organismes qui vendront, pour en tirer un bon prix, soit cèderont leurs meilleurs logements, aboutissant à la gentrification des derniers quartiers mixtes de centre-ville, les personnes plus aisées s’appropriant un espace occupé préalablement par des usagers moins favorisés. Soit ils se débarrasseront des moins bons à prix cassé, générant des propriétés dégradées ! Resteront aux pauvres, les pauvres logements qui ne pourront être rénovés, faute de moyens des organismes gestionnaires qui ont déjà prévenu : ils ne pourront plus réaliser les travaux d’entretien, encore moins les travaux de réhabilitation thermique. Au diable les objectifs de la COP 21 !

Signalons, aussi, que sont soumis à la baisse obligatoire des loyers les bailleurs sociaux publics et privés (gestionnaires à but non lucratif), ceux dont les loyers sont encadrés, mais pas les bailleurs privés même s’ils louent à des familles bénéficiaires de l’APL !  Inutile de vous dire que Macron n’a prévu aucune mesure pour geler les loyers privés !

Accélérateur d’inégalités, l’antisocial Macron pénalise en même temps les organismes sociaux qui logent les plus pauvres. Par souci d’équilibre financier, ceux-ci seront tentés de « trier » leurs locataires, ce qui va défavoriser les plus modestes car, avec cette mesure, plus les locataires touchant l’APL seront nombreux, plus le bailleur social perdra de l’argent.

L’Union Sociale de l’Habitat (encart 2) s’est mise en colère. Pour la calmer, Macron a avancé, le 3 novembre, quelques mesures : étalement du la baisse des loyers sur 3 ans,  accords avec la Caisse des Dépôts pour alléger la dette des organismes HLM en allongeant la durée des prêts et en stabilisant le taux du livret A. Mesures incertaines et à terme non assurées et non immédiates. A l’inverse, il a annoncé un taux de TVA de 10% au lieu de 5.5% (taux de TVA réduit depuis le 1/1/2014), mesure de compensation du renchérissement de la construction lié à l’augmentation de TVA.

Seuls survivront ceux qui sont forts et qui s’uniront, tant pis pour des organismes constructeurs et gestionnaires répartis par territoire, mettant en œuvre des politiques locales de logements concertées, en fonction des besoins. Avec Macron : mort aux pauvres !

Que faire ?

Informer sur la mise en péril du logement social : cet article 52 n’est pas une mesure d’ordre technique ou comptable, elle est hautement politique. Il s’agit bien d’une attaque idéologique contre le logement social. Dans l’immédiat, Le Collectif Vive l’APL, représentant 70 organisations, a exigé le retrait de l’article 52 de la Loi de Finances. Il organise une manifestation le 9 décembre prochain et appelle à  taxer les riches, pas les locataires et à augmenter le pouvoir d’achat.

Les mouvements politiques et sociaux, militant pour une transformation sociale radicale, ont à défendre et à promouvoir une politique de logement répondant aux besoins, en écho à la fondation Abbé Pierre qui avance le projet « d’une sécurité sociale du logement » impliquant fortement les pouvoirs publics. Cela passe notamment par la construction de 150 000 logements « vraiment » sociaux par an en respectant les règles d’attributions prioritaires ; les personnes les plus mal logées, privées de domicile personnel, obligées de recourir aux différentes solutions d’urgence doivent pouvoir en bénéficier. Le deuxième axe est la régulation des marchés de l’immobilier à l’achat comme à la location, avec encadrement des loyers (il faut signaler qu’en France, le marché immobilier est le plus élevé des pays occidentaux). Il s’agit enfin de construire des logements confortables, à régulation thermique, évitant les gouffres financiers en énergie pour les familles y habitant.

Dans l’immédiat, la mesure urgente serait la décision de réquisition des logements vacants pour loger les sans-abri, qu’ils soient français ou étrangers. Utopie ? Non ! Volonté politique. Réponse sociale à besoins humains urgents.

Le président du Samusocial de Paris alertait, le 19 octobre dernier : chaque nuit à Paris, 500 enfants dorment dans la rue, trouvent refuge dans les services d’urgences d’hôpitaux ou, pour les plus chanceux, chez des tiers. Que les familles soient françaises ou migrantes, l’exigence est la même : les familles doivent pouvoir vivre dignement. 5 enfants naissent chaque jour dans une famille hébergée par le Samu social de Paris et 12 000 enfants vivent reclus avec leurs parents dans une chambre d’hôtel. Notre devoir est d’agir pour leur construire un avenir ». 

Odile Mangeot, le 4 décembre 2017  

(1)   Politis du 26.10.2017 
Autres sources :
Le Monde Diplomatique novembre 2017,  Une torpille contre l’habitat social 
L’état du mal-logement en France - Rapport 2017 – Fondation Abbé Pierre



Encart 0
La Caisse des Dépôts et Consignations (CDC)
(institution financière publique, créée en 1816)

Le modèle de transformation de l’épargne du grand public vers des besoins d’intérêt général est très réglementé et « centralisé » : les banques ont obligation de remonter, en moyenne, 59% des sommes déposées sur ces livrets (livret A, livret de développement durable et solidaire, livret d’épargne populaire) à la Caisse des Dépôts. Elles peuvent conserver le solde ou choisir de le transférer également. Fin 2016, l’encours de l’épargne réglementée était de 406 milliards €. La CDC en a centralisé 237 milliards. Sur ce montant, 156 milliards ont été investis dans la politique de la Ville et le logement social.


Encart 1
Le mal logement
Selon le rapport annuel de la Fondation Abbé Pierre, en France, la politique publique de logement ne répond pas à la demande :
-        4 millions de mal logés
-        2 millions en attente d’un logement social
-        12 millions de fragilisés par les difficultés liées à l’habitat
-        571 bidonvilles où les gens passent en moyenne 7 ans avant d’avoir un toit !
-        16 000 personnes dont 36% de mineurs sont à la rue
 Le taux d’effort des ménages pour leur logement :
-        30% dans le parc privé
-        24% dans les logements sociaux.


Encart 2
Bailleurs sociaux. Qui sont-ils ?

En France, on compte 755 organismes HLM, répartis en trois grandes familles :
-        275 offices publics de l’habitat
-        278 entreprises sociales pour l’habitat, de droit privé mais à but non lucratif
-        168 coopératives spécialisées dans l’accession sociale et l’accompagnement des acquéreurs.

Rassemblés dans  l’USH – Union Sociale de l’Habitat – ils représentent :
-        4.3 millions de logements sociaux
-        11 millions de locataires
-        Environ 20 milliards collectés en loyers par an

Macron l’a dit. Collomb le fait


« Eloignements », « transferts », « rétentions » des étrangers : c’est la politique migratoire de l’Etat. Collomb, ministre de l’Intérieur, dans sa circulaire du 20 novembre, exige du résultat. Garde-à-vous ! Préfets et préfètes sont chaque mardi en visioconférences avec son cabinet - ça encourage ! Peu importe s’ils renvoient ces déboutés, sans-papiers, « dublinés » (pour ces derniers, avant même d’avoir pu demander l’asile !) dans un camp de rétention, en prison ou à la mort dans leur pays ! Préfets et fonctionnaires de tous poils obéissent, assignent à résidence, privent de liberté, expulsent… Triste époque qui nous en rappelle une autre… La résistance s’organise. Des collectifs naissent partout en France et, petite lueur d’espoir, un « Collectif article 15 », des élèves des dernières promotions de l’ENA, a publié une lettre au ministre et aux préfets les interpelant sur les « atteintes à l’Etat de droit ou les traitements inhumains et dégradants » dont sont victimes les migrants. Ils posent la question : « Quelles sont les mesures que vous envisagez de prendre afin d’y mettre fin et de nous rendre la dignité attachée à l’exercice de nos fonctions ? ». Ne restons pas silencieux ! Réagissons ! (voir la rubrique Ils, elles luttent et la dernière page).     
Vers la fin de la souveraineté industrielle en France ?
Alstom, dernière liquidation ?

Il est devenu courant de parler de souveraineté alimentaire. En revanche, du tissu industriel qui permet à une formation sociale et à l’Etat qui la surplombe, de défendre ou d’acquérir une relative indépendance productive vis-à-vis des transnationales et des banques, il n’en est guère question.

Et pourtant, en France, depuis le milieu des années 80, et même avant, la liquidation s’accélère. Sans parler du textile plus ancien, force est de constater et d’évoquer quelques exemples du bradage industriel : Alcatel est devenu finlandais, Lafarge, suisse (Holcim), les Chantiers navals, italiens, Orange, allemand, l’aéroport Toulouse-Blagnac, chinois. Ce qui a et qui va encore défrayer la chronique c’est la poursuite du dépeçage d’Alstom. Au regard de ce qui a pu être construit pendant les Trente Glorieuses, à savoir l’articulation entre Alstom, la SNCF, EDF, les Chantiers navals, le nucléaire ( !), sans compter la SACM (Société alsacienne de construction mécanique) démantelée depuis longtemps, ne restera qu’un souvenir au goût amer, tout comme l’évanescence du savoir-faire et de l’ingénierie accumulés par les ouvriers, techniciens et ingénieurs. Force est pourtant de constater que, pour résister aux pressions des impérialismes étrangers, aux multinationales, encore faut-il disposer d’une armature industrielle suffisante ; l’exemple du Venezuela, reposant sur la seule rente pétrolière, est à ce sujet éclairant. La mainmise de General Electric (US) et de Siemens (allemand) sur le fleuron industriel français laisse entrevoir le bain de sang social à venir.

Episode précédent. General Electric (GE) reprend une partie d’Alstom(1)

Sans revenir sur l’ensemble des péripéties qui ont marqué cette première liquidation, il convient de souligner quelques points significatifs. La concurrence exacerbée sur les marchés, la surproduction latente, la course aux profits et aux dividendes à verser, ont conduit le PDG, peu scrupuleux, à corrompre à qui mieux mieux pour obtenir des commandes. Les Etats-Unis se sont dotés des moyens d’une justice extraterritoriale pour poursuivre les corrupteurs qui leur font de l’ombre ou empiètent sur leurs plates-bandes. Les réticences à avouer du PDG Kron se sont vite effritées lors de l’arrestation et de la mise aux fers d’un membre du CA dans une prison américaine et les aveux qui s’en sont suivis. La passivité du gouvernement français, saisi par l’omerta, a fait le reste. Il fallait banquer une amende astronomique sous peine que Kron et Cie ne soient déférés personnellement ou ne puissent plus mettre les pieds sur le continent américain, voire doivent faire face à une demande d’extradition.

Il y eut bien sûr les moulinets de Montebourg mais, tous comptes faits, pour absorber l’ardoise, la seule solution consistait à introduire le loup dans la bergerie, à savoir permettre à GE l’étatsunien de s’accaparer les bijoux de famille. Et c’est ainsi que les ¾ de l’activité d’Alstom, à savoir tout ce qui concerne l’énergie, sont passés dans des mains étrangères. Macron, alors ministre de l’économie en 2014, autorisa la vente. Pour enrober l’opération, on fit valoir en haut lieu que cette cession était assortie d’une condition : la création sur 3 ans de 1 000 emplois en France. Une clause indiquait que GE devrait payer une amende de 500 000€ par emploi manquant. Depuis, quelque 500 emplois ont été détruits et aucune pénalité demandée… Pour conforter les activités ferroviaires restant dans le groupe Alstom, l’Etat Hollande/Macron fit pression sur la SNCF afin d’assurer publiquement que des commandes de trains… régionaux seraient susceptibles de sauver le site de Belfort. Fallait bien un geste magnanime pour calmer les salariés, la population, qui, derrière les élus politiques et syndicaux criaient au scandale. On ne fit pas grand bruit de la démission du PDG Kron qui, pour ce bradage difficile, reçut la coquette somme de 4,5 millions d’euros.

Episode 2. General Electric, un mirage

Dans ce monde de mastodontes et de brutes cupides, la concurrence est sauvage d’autant que la course à l’accaparement des marchés et la surproduction sont susceptibles de rogner les dividendes des actionnaires.

Et GE d’annoncer, en octobre 2017, la cession de 20 milliards d’actifs jugés insuffisamment rentables. L’action de 6 euros, à Wall Street, a déjà chuté de 25%, suite à la réduction de la moitié des dividendes versés au dernier trimestre, soit une économie de 4,2 milliards ! Au sein du conseil d’administration, les fonds spéculatifs, tout particulièrement le hedge fund Nelson Peltz, s’insurgent face à cette ponction inadmissible. L’acquisition d’Alstom pour 12 milliards aurait été une erreur… En tout état de cause, décision est prise de céder 20 milliards d’actifs d’ici 1 ou 2 ans, dans les secteurs les moins profitables. Que GE, qui compte 300 000 salariés dans le monde, ait réalisé en 2016 8 milliards de profits (hors dividendes versés), importe peu. GE Capital, ce secteur comprenant crédits à la consommation ainsi qu’un pôle média et électro-ménager, est liquidé pour 250 milliards. Les activités de transport, de pétrole et d’éclairage sont sur la sellette. En France, GE Power (anciennement Alstom) c’est 854 millions d’économies qui doivent être réalisées. Le plan dit de restructuration consisterait à se débarrasser des activités hydrauliques, de la turbine Arabelle pour ne conserver que les turbines à gaz. Hydro-Alstom, devenu GE à Grenoble, est le plus menacé : 345 emplois sur 800 liquidés, après la perte de 590 postes depuis 2016 ! La grève avec occupation, du 4 au 12 octobre, n’a provoqué que de bas bruits médiatiques… en attendant l’orage ?

Episode 3. Main basse de Siemens sur la dépouille d’Alstom ?

Alstom fragilisé, après l’opération GE, Siemens géant du train avec ICE contre les TGV : ne reste plus qu’au géant allemand à faire main basse sur la dépouille française. Médiatiquement le processus d’absorption sera dénommé construction de « l’Airbus ferroviaire » afin de masquer la véritable nature de l’opération. La concurrence entre Siemens, les japonais Mitsubishi, Toshiba, le canadien Bombardier et le chinois CARC, est si vive que la concentration capitaliste européenne justifie le dépeçage de ce qui reste d’Alstom. L’entreprise Siemens ne reprendra que ce qui l’intéresse ! L’hydro, l’éolien, voire le nucléaire, semblent l’intéresser. Pour faire le tri et assurer la transition, un habillage est concocté avec les banques  BNP Paribas, Rothschild et l’étatsunienne JP Morgan ( !). La locomotive ICE prédominera, tout comme l’avancée technologique « teutonique » dans l’automation et la signalisation ferroviaire. Reste le bijou de famille d’Alstom, le train à hydrogène, expérimenté outre-Rhin à Salzgitter et quelques autres points en passe d’être réglés.

En haut lieu, il semble déjà acquis que l’Etat n’exercera pas son option d’achat (2) des actions détenues par Bouygues (plus de 20%). Cette participation du BTP français dans Alstom avait été présentée, en son temps, comme la manifestation apparente de l’Etat du maintien d’une politique industrielle française, avec droit de vote consenti au gouvernement français à la place de Bouygues. Ce montage de façade, conclu pour 4 ans, est arrivé à terme et le géant du BTP se retire de l’actionnariat d’Alstom, tout en empochant 500 millions d’euros de dividendes. Jupiter au petit pied a donné son feu vert d’impuissance. Quant aux actionnaires restants et ceux de Siemens, il convenait à terme de les rassurer. L’action de l’ensemble du nouveau conglomérat qui, pour la galerie, se dénommera certainement Alstom-Siemens ou l’inverse, est valorisée à 8 € l’une, ce qui correspond à un cadeau global pour les actionnaires de 1,8 milliard €… à débourser dans les 18 mois !  

Pour l’opinion dite publique, cette absorption sera présentée comme une alliance paritaire où tous y trouveraient leurs comptes. Au futur conseil d’administration, seraient présents, sur les 11 membres qui le composent, 5 anciens membres d’Alstom et la présidence reviendrait à Siemens. Faut bien assurer la transition d’accaparement du savoir-faire industriel du français ! Et des promesses rassurantes, les décisionnaires, ils sont prêts à en faire. C’est déjà annoncé : la préservation des emplois serait assurée…pendant 4 ans ! Et il y aurait 60 milliards de commandes capables de susciter un chiffre d’affaires de 15.3 milliards. Ce « plan » comprend toutefois une clause de chantage face aux possibles mouvements des salariés et aux atermoiements gouvernementaux qui s’en suivraient : « Si l’opération n’est pas poursuivie jusqu’à son terme par Alstom, l’entreprise devra verser à Siemens une indemnité de rupture de 140 millions d’euros à Siemens »  !! Ce qui signifie son étranglement…. définitif.

Episode 4. En suspens !

Tout ça était bel et bon, avant l’annonce de Siemens du 16 novembre dernier : suppression de 6 900 emplois (soit 2% des effectifs) dont la moitié en Allemagne (3 200), plus… 760 emplois supprimés après la fermeture de deux sites (Leipzig et Görlitz) et la vente de l’usine d’Erfurt. Quant à la co-entreprise avec Gamesa (espagnole), spécialisée dans l’éolien, dont Siemens détient 59 % du capital, ce sont 6 000 emplois qui devraient disparaître. Plutôt que d’investir dans de nouvelles installations, les « énergéticiens préfèrent faire tourner les vieilles centrales à charbon, rentabilisées » (3). Ce qui importe avant tout, ce n’est ni la « modernité » écologique, ni les investissements qu’elle nécessiterait mais bien la recherche à court terme des dividendes les plus lucratifs. Face au bain de sang social à venir, la riposte des salariés est-elle envisageable ?

Tracer la voie à l’alternative au capitalisme

Ce que montrent le documentaire de David Gendreau et Alexandre Leraître ainsi que le livre de Jean-Michel Quatrepoint (1), c’est que le pouvoir, au sein des grandes entreprises comme Alstom, est détenu par un panier de crabes, de prédateurs et de corrupteurs. Lorsqu’aux yeux des actionnaires, les dividendes sont insuffisants ou la pression extérieure (en l’occurrence, les menées de la justice extraterritoriale étatsunienne trop forte), ils n’hésitent pas à se comporter en tueurs d’emplois. Les restructurations ne sont qu’un euphémisme facilitant la reconversion des actionnaires dans d’autres domaines plus rentables.

Le système du capitalisme financiarisé débridé, c’est celui de la liberté absolue du Capital qui, à la Bourse, comme dans la finance de l’ombre, vend les usines tous les jours, soutenu qu’il est par la caste régnante. Que cette dernière soit de droite ou de gauche, et maintenant « de droite et de gauche », elle peuple les sommets de l’appareil d’Etat, passant allègrement des conseils d’administration des banques, des multinationales dans la haute fonction publique et vice et versa. Formatée dans les grandes écoles (ENA, HEC…), elle est au service des classes dominantes dont elle assure la promotion des intérêts contradictoires. Compte tenu de la réalité de la formation sociale sur laquelle elles règnent, ces castes d’alternance ne se différencient idéologiquement que par leurs approches sociétales (mariage pour tous… ou non, etc.) afin d’assurer leur suprématie sur une fraction des classes sociales. Fondamentalement, cette médiocratie n’est que la face cachée du despotisme des grands actionnaires mondialisés. L’orchestration, en Europe, de cette domination est assurée par les institutions européennes, les banques centrales et le FMI. Malgré la crise de 2007-2008, le logiciel de cette « gouvernance » n’a pas changé et les paradis fiscaux, montrés du doigt, continuent de prospérer malgré les révélations successives. N’ont été mis en demeure que quelques individus… mais, au grand jamais, les filiales des banques et des multinationales…    

En France, la médiocratie d’alternance ébranlée, a trouvé son sauveur… Pour combien de temps ? Elle est responsable de la capitulation de la France industrielle, elle liquide les acquis sociaux et met le pays en situation de dépendance. Son mépris de classe en devient indécent : après les quartiers à « nettoyer au karcher », les « sans dents » hollandais, voici les « fainéants », les « jaloux », les « fouteurs de bordel » qui n’acceptent pas cette morgue et la précarisation de la société comme seule solution d’avenir.

Quant aux directions syndicales, à quelques exceptions près, elles répandent, au-delà de leurs divisions catastrophiques, une mentalité de vaincus d’avance. Lorsqu’elles n’accompagnent pas les désirs des gouvernants (CFDT), elles se conduisent comme un groupe de pression faisant se succéder défilés et conciliabules, pour faire le tri avec les prédateurs, entre ceux qui, salariés, seront vendus ou licenciés avec indemnités avant de connaître le chômage, la précarité voire la misère. Les médias encensent, de leur côté, l’apparente bonne volonté des « partenaires sociaux » pour mieux stigmatiser les révoltés « irresponsables ».

Enfin, il y a ceux, nostalgiques de la France gaulliste et dirigiste du capitalisme d’après-guerre, qui préconisent (comme Jean-Michel Quatrepoint !) le retour à un « Etat stratège » face à la concurrence exacerbée. Cette illusion repose sur la croyance dans la métamorphose des hauts fonctionnaires, tout particulièrement à Bercy, qui seraient en capacité de négocier la mutation industrielle au profit des intérêts français, voire européens. Cette fraction regroupe les néo-gaullistes, les ex-chevènementistes, les partisans d’Asselineau, Dupont Aignan et autres Montebourg.

Restent les salariés eux-mêmes, apathiques, résignés ou réfractaires. Si la rupture avec le capitalisme et la médiocratie signifie réellement l’extension de la démocratie aux producteurs de la richesse sociale et non la bonne volonté des rentiers du capital, alors les questions fondamentales jamais posées doivent l’être sur la scène publique. Est-ce à une poignée de grands actionnaires, et à leurs PDG, de décider ce que l’on doit produire, de la manière dont on doit produire (conditions de travail, qualité des produits…) et, en définitive, pour satisfaire quels besoins ?

Passer à l’offensive, c’est, dans les faits, construire d’ores et déjà, un autre modèle. Et en ce qui concerne les Alstom, GE, Siemens, force est de constater qu’outre les entreprises allemandes, Belfort n’est pas seul. Il y a les sites d’Ornans, de Reichshoffen, de Le Creusot, de Villeurbanne, de Petit Quevilly, de Tarbes, de la Rochelle, de Valenciennes, les salariés belges de Charleroi, les allemands de Stendal, de Salzgitter, les Italiens de Sesto, de Bologne… Qu’est-ce qui empêche la tenue d’un Congrès des producteurs (ouvriers), l’avènement de cet évènement faisant vivre d’ores et déjà la démocratie sociale et économique ? Est-il inenvisageable de désigner dans les ateliers, par usine, des délégués élus par la base (y compris les sous-traitants), de s’entendre sur un mode d’élection pour enfin débattre de l’avenir industriel, y compris dans sa dimension écologique ?

Ce mode d’action préfigurant l’association des travailleurs, non seulement élargirait la mobilisation, la base des syndicats et effriterait la bureaucratie de leurs directions, façonnerait une unité retrouvée, mais surtout ébranlerait, déstabiliserait le pouvoir des actionnaires. Seuls les producteurs, par leurs propositions, leurs modes d’action, semblent en capacité de faire surgir par leurs appels, une unité populaire posant la question de l’alternative au capitalisme et du contrôle ouvrier, ici et maintenant. Cette utopie rationnelle se heurte, pour l’heure, à l’absence de forces de transformation sociale au sein de la masse des travailleurs. Mais le bain de sang social à venir pourrait bien faire surgir des énergies nouvelles, débarrassées des miasmes de la pensée dominante.

Gérard Deneux, le 4.12.2017
  

(1)   Pour en savoir plus, voir le remarquable documentaire Guerre fantôme, la vente d’Alstom à General Electric de David Gendreau et Alexandre Leraître et lire Alstom, scandale d’Etat de Jean-Michel Quatrepoint, ed. Fayard
(2)   Bouygues détient 28.3% du capital d’Alstom jusqu’en octobre 2017. Le prêt de ces actions à l’Etat, à raison de 20% avec option d’achat, devait permettre à l’Etat présent au conseil d’administration de sauver Alstom. Cette bizarrerie négociée, en son temps par Montebourg, n’a de fait été qu’un montage inoffensif
(3)   Voir l’article de Cécile Boutelet, Le Monde du 18 novembre 2017



SOLVAY France, perdu

L’annonce du 19 septembre dernier est l’acte de décès de ce qui restait du groupe Rhône-Poulenc. Nationalisé en 1982, ce groupe chimique avait retrouvé une certaine vigueur avant d’être livré aux actionnaires. Son heure de gloire fut le nylon qui ne pesait plus que 15 % du chiffre d’affaires ; ses applications dans l’automobile, sa branche pharmaceutique, ses activités pétrolières et gazières se sont heurtées à la concurrence de l’états-unien DowDuPont et du chinois Kingfa… et à l’avidité de ses actionnaires successifs.

Née du groupe Rhône-Poulenc, la Rhodia, devenue Solvay (belge) en 2011, s’était déjà délestée de nombre de ses productions (PVC, acétate et cellulose…).

La vente au groupe allemand BASF, de l’unité Polyamide, bradée à 1,6 milliard d’euros ses 12 usines dont les 3 françaises de Chalampé (Haut-Rhin), Lyon et Valence, s’est réalisée pratiquement dans l’indifférence générale : 2 400 salariés ne semblent être qu’une variable d’ajustement dans la restructuration du capital.