Rouges de colère car les classes populaires ne doivent pas payer la crise du capitalisme.



Verts de rage contre le productivisme qui détruit l’Homme et la planète.



Noirs d’espoir pour une société de justice sociale et d’égalité


samedi 10 janvier 2015


Intervention de Gérard Deneux, au nom des Amis de l’émancipation Sociale, le 8 janvier 2015 à Belfort,
  à l’appel au rassemblement pour Charlie


Charlie et ses figures iconoclastes, ses caricaturistes de talent, son esprit de dérision, son humour implacable contre les puissants, les despotes et contre les intégristes de tous poils, ont été frappés au cœur.

C’est Charlie que des barbares obscurantistes ont voulu assassiner. Des amis de la liberté sont tombés, mais déjà, d’autres amis sortent de l’ombre pour poursuivre leur combat, crayon à la main. L’esprit critique ne saurait être bâillonné, ne saurait être éradiqué. Certes, nous avons besoin d’une levée en masse qui dure, de la jeunesse et de tous les autres adultes, pour exprimer leur réprobation contre ceux qui n’ont pour argument que la haine qui les anime, contre ceux qui ne tolèrent pas ceux qui ne sont pas comme eux, contre ceux qui veulent imposer de force leur façon obscurantiste de penser.

Mais les questions qu’il nous faut élucider, c’est : d’où viennent ces monstres ? Que veulent-ils imposer par ces lâches assassinats ? Ils sont les produits des interventions militaires russes puis états-uniennes en Tchétchénie, en Afghanistan, en Irak… et ailleurs. Ils sont nés du chaos, des divisions ethniques et religieuses. Ils ont été alimentés, financés par les pétromonarchies, les mollahs et ce, avec la complaisance douteuse des impérialismes occidentaux. Ils prospèrent dans les camps de réfugiés en Turquie, en Jordanie et au Liban. Les courbettes et les compromissions avec les monarques waahabites, avec les dictateurs Ben Ali, Moubarak, Bachar Al Assad, ont amené les esprits les plus faibles à exiger la vengeance. Les esprits rétrogrades des intégrismes archaïques ont trouvé là tout un terreau à formater. Et ici même, dans cette Europe du chômage, de l’austérité et de la montée du racisme, des jeunes déclassés, issus d’un lumpen-prolétariat sans perspective, trouvent matière à se grandir dans la haine de l’autre.

N’oublions pas que nos gouvernements ont leur part de responsabilité. Ils ont déclaré la guerre à la Lybie de Kadhafi, provoqué le chaos, et ils hésitent à combattre le monstre de l’Etat Islamique, sinon par quelques frappes aériennes. Ils ont hésité à envoyer des armes hier aux Syriens démocrates et aujourd’hui aux Kurdes syriens qui résistent, à Kobané.  Ils ont déclaré la guerre mais ne veulent pas vraiment la mener et s’étonnent, aujourd’hui, qu’elle surgisse sur le sol français. Que ne se souviennent-ils des largages d’armes aux résistants contre l’occupation nazie !

Il  n’y a pas si longtemps, les barbares nazis brûlaient des livres, traquaient, torturaient, brûlaient les Juifs, les Tziganes et tous ceux qui leur résistaient. Il n’y a pas si longtemps, faute d’arguments contre les communistes et les antifascistes, les fascistes mussoliniens recourraient à l’huile de ricin ingurgitée de force ou à coups de gourdin jusqu’à ce que mort s’en suive. Aujourd’hui, les assassinats, ciblés ou non, se font par drones pour les uns et par décapitation ou kalachnikov pour les autres.

S’il nous faut exprimer notre dégoût et notre condamnation des crimes commis à l’encontre de la liberté de conscience, de croyance, d’expression écrite ou caricaturale, il nous faut également,  contre un unanimisme de façade, dénoncer pour le moins les régimes qui recourent à la peine de mort contre les apostats. La liberté de changer de religion, de se déclarer agnostique ou athée, ne vaut pas la mort. Ceux qui pratiquent cette législation criminelle sont des assassins, tout comme ceux qui imposent, sur les cartes d’identité, l’ethnie ou la religion d’appartenance. On n’entend guère les partis de gouvernement condamner ces pétro-monarques, condamner ces pratiques qui, on le sait, ont conduit au génocide de 800 000 Tutsi, avec la complaisance du régime mitterrandien…

Nous avons besoin d’une levée en masse de tous, jeunes et moins jeunes, pour que vive l’esprit de Charlie. Mais l’esprit de Charlie et de son équipe amputée, c’est l’esprit de résistance contre tous les puissants, les despotes, les démocratures et tous les fondamentalismes et les racismes. Car les assassins qui ont sévi cherchent à répandre la peur, la panique, la stigmatisation de l’autre, du différent et veulent que, sur ce territoire, l’unité populaire à construire se transforme en guerre de tous contre tous, pour le seul bénéfice des plus puissants.