Rouges de colère car les classes populaires ne doivent pas payer la crise du capitalisme.



Verts de rage contre le productivisme qui détruit l’Homme et la planète.



Noirs d’espoir pour une société de justice sociale et d’égalité


mercredi 27 février 2013


Bébert Truxler nous propose un poème de 
De Roland Masseboeuf, poète à la «Peuge»
Extrait du recueil «Poésie en bleu» - édition Saint Germain-des-Prés en 1987


La violence


La violence n’est pas vêtue d’un blouson noir.
La violence n’a pas les yeux de ces loubards.
Pauvres gosses perdus dans ces tours de béton,
Qui nous montrent les dents à défaut d’affection.
La violence est vêtue d’un beau complet veston,
Tirée à quatre épingles, au-dessus de tout soupçon.
Et d’avion en avion, elle vend des canons,
De salon en salon, elle vend des avions.
La violence n’est pas dans le quartier Barbès.
Cité des Quatre Mille ne cherche pas son adresse.
Cherche plutôt à Neuilly, ou bien dans le seizième.
Mais je doute beaucoup qu’un jour tu y parviennes.
Les milices privées sont là  pour t’arrêter,
Et  méfie-toi des crocs de leurs chiens policiers.
La violence n’est pas derrière les banderoles,
Dans le cœur de cet homme qui a pris la parole,
Dans le cœur de ces gens, dressant des poings rageurs,
Qui gueulent leur colère pour conjurer leur peur.
La violence dort bien, sous de beaux édredons,
Mais, c’est dans ses usines que nous la côtoyons.
Si vous ne me croyez pas, demandez à Raymond.
Non, pas lui, il est mort peu après l’explosion.
Demandez à Antoine si vous ne me croyez pas.
Non, pas lui, les vapeurs lui ont brûlé la voix.
Pas non plus à Philippe, encore moins à Anna,
Le cœur pas assez dur pour mener le combat,
Faut-il que ce soit dur pour préférer à ça
Quelques grammes de plomb qui ne pardonnent pas.



Raymond, 47 ans, 5 enfants, est mort le 10 septembre 1981 des suites de ses brûlures, après l’explosion du four qu’il conduisait à la fonderie Peugeot-Sochaux
Antoine, délégué du personnel à la verve intarissable, a perdu l’usage de son arme favorite : la parole, après avoir travaillé de nombreuses années à la soudure aluminium sans dispositif d’aspiration des vapeurs. Deux de ses camarades, Marcel et René, sont morts d’un cancer de la gorge.
Philippe, délégué en Carrosserie, s’est donné la mort le 8 février 1980. Il avait reçu quelques 62 lettres d’avertissements, mises à pied, brimades, rien ne lui a été épargné.
Anna, ouvrière à la fonderie, a choisi d’en finir avec cette vie à 25 ans.

Roland Masseboeuf était ouvrier et délégué CGT à la fonderie de Peugeot-Sochaux. Il est reparti dans son Ardèche natale après les grèves de l’automne 1989, dégoûté comme beaucoup de militants sincères.